Le film 

C’est dans sa maison à Auxerre que Claire Jeanteur nous fait découvrir Sylvie Germain, auteure d’une oeuvre abondante traversée par la question fondamentale posée par Dostoïevski dans Les Frères Karamazov : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ? ». Tissant dans ses écrits un univers imaginaire étrange entre le réel et le rêve, elle se tient au carrefour de la philosophie et de l’imaginaire, poursuivant un questionnement récurrent sur l’énigme du mal. Sylvie Germain considère l’écriture comme un combat à la fois dérisoire et essentiel, « une digue de papier contre un océan de silence ». Marquée par les horreurs des deux guerres mondiales, elle voit dans l’acte d’écrire une manière de lutter contre l’oubli. Le processus créatif, la gestation de l’oeuvre, ont à voir avec la foi. Entre les mots se devine la présence dérobée de Dieu, vide, appel, manque, lueur qui préexiste avant la nuit, qui attend notre regard pour sortir de l’invisibilité.

L’écrivain 

Sylvie Germain aurait aimé écrire sous X sans que ses lecteurs ne sachent rien de sa vie d’écrivain. Rattrapée par la notoriété, la romancière est comme les hydres. Elle porte plusieurs têtes imaginaires. Dans son formidable univers romanesque, cette disciple d’Emmanuel Levinas poursuit un questionnement mené jusque-là par les chemins de la philosophie. Sa fiction porte aussi l’empreinte de Prague et de la Bohême. Après un premier roman publié en 1984, son oeuvre forte et singulière se décline en plus de trente romans et essais marqués par l’aspiration à un au-delà du réel et une quête du sens métaphysique des souffrances humaines. Il y est question de la misère et du mal qui habitent l’univers. Mais souvent chez Sylvie Germain, une illumination donne sens aux malheurs et aux humiliations.

Marta Delsol