La question du mal possède un statut central au sein des monothéismes : le mal ne va pas de soi, il est « anormal ». La volonté de Justice, le refus de l’iniquité sont des valeurs essentielles, au point de ne reconnaître aucun privilégié pour s’y soustraire. Mais l’attitude envers le mal et la façon de le combattre diffèrent selon les religions.

Pour le judaïsme, le mal est d’abord un dysfonctionnement, cela signifie qu’il n’est pas un « absolu » en soi. L’échec est toujours collectif, même si la faute peut être individuelle. Il n’y a donc pas de sentiment de culpabilité rongeur. Par contre, la question de la Réparation est essentielle : pas de faute sans réparation ! Comment ? Par l’Étude qui permet de nommer la faute et donc de la comprendre avec intelligence et ainsi de réparer. C’est l’image du roi David ramenant l’Arche de l’alliance avec lui à Jérusalem pour prouver à son peuple que lui aussi se soumet à la Loi et en signe de paix retrouvée.

Pour les chrétiens, le mal est en chacun : nous sommes tous pêcheurs ! De plus l’intention est plus importante que l’acte, il faut donc que chacun soit transparent à lui-même et aux autres, ce qui amène à l’aveu et à la confession. Le Christ est le paradigme de l’Homme, l’archétype, le modèle absolu, il a vaincu le Mal. Il a montré qu’à travers sa miséricorde et sa compassion, nous serons sauvés. C’est donc la solution : « Si ton coeur te condamne, Dieu est plus grand que ton coeur » dit St Jean. Mais si Dieu aime et pardonne, il y a des valeurs non négociables avec lesquelles on ne peut transiger et ces exigences d’humanité sur terre nous obligent à rendre compte de nos actions à Dieu certes, mais aussi aux hommes.

Pour l’islam, le mal et le bien sont déterminés par le Coran et sont confondus d’une certaine manière avec ce qui est permis – le licite – et ce qui est interdit – l’illicite. Bien que le Coran semble régler la question une fois pour toutes : le mal ou son évitement représente toujours un risque : on peut croire faire le bien alors que, en fait, on fait le mal et inversement. Seul Dieu sait. Il faut donc tenter « le visé juste » et les docteurs de la loi sont là pour dire le licite et l’illicite. Cela permet une « Gouvernance » en adaptation et en conformité avec l’esprit du temps. Mais ce qui appartient à l’humain reste de l’ordre de l’humain et Dieu est seul juge en dernière instance.

INTERVENANTS : Mireille Hadas-Lebel ; Catherine Chalier; Rivon Krygier; Claude Birman; Véronique Margron; Claude Geffré; Thomas Römer; Youssef Seddik ; Abden-nour Bidar ; Malek Chabel; Amel Grami.

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“L’aventure monothéiste” : une série originale pour le monde contemporain car qu’elle traite du regard que porte les trois monothéismes sur des question qui ne relèvent pas que du religieux, mais qui abordent l’articulation de la transcendance et du politique. “L’aventure monothéiste” : une série qui propose à un large public un certain regard sur sa propre culture et qui nous interroge : “Qu’avons-nous à comprendre des “solutions” que les monothéismes ont apportés aux questions du vivre ensemble, du bonheur, du mal ou de la voie personnelle ?

Une production : CFRT/ France Télévisions

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