Le film s’ouvre sur les images du Ngondo, une fête traditionnelle et rituelle des peuples côtiers du Cameroun. Elle réunit les peuples Sawa du littoral (Douala) pendant la première semaine de décembre. Eric de Rosny, ethnologue, missionnaire et guérisseur traditionnel, y participe car ses fonctions lui ont valu d’être accueilli parmi les 27 patriarches gardien de la tradition Sawa.

Du château familial normand où il naquit en 1930 aux quartiers populaires de Douala où il vécut de longues années, le P. Éric de Rosny a toujours refusé les barrières entre les hommes, cherchant, au contraire, à établir des ponts culturels et religieux entre sa France natale et le Cameroun qui l’avait adopté il y a plus de cinquante ans.
Décédé à Paris en mars 2012 à l’âge de 81 ans, il fut à la fois prêtre, jésuite, ethnologue, guérisseur traditionnel, patriarche des Doualas, spécialiste des médecines traditionnelles, consignant ses apprentissages, ses expériences, ses réflexions dans de nombreux livres, dont Les yeux de ma chèvre publié dans la collection Terre Humaine. C’est son héritage aux futures générations alors que la transmission de la culture africaine se fait traditionnellement oralement.
Commencé de son vivant, ce portrait richement illustré s’attache à évoquer sa démarche singulière de partage, de foi et de guérison à travers la rencontre de ceux qui ont cheminé à ses côtés.

Les témoins :

Thomas-Théophile Nug, professeur de littérature à l’université de Douala : Eric de Rosny voulait “franchir la distance culturelle”, fil conducteur de sa démarche, de sa vie.
Au collège Liberman, enseignant, Eric de Rosny a découvert en voyant un élève entré en transe qu’il existait en lui comme dans les autres enfants un “arrière monde”. Un ancien élève, docteur Toto, membre du Groupe de recherche sur la sorcellerie, évoque son ancien professeur qui leur a fait découvrir le visage de leur culture.
Père Alain Renard, directeur du centre spirituel de rencontre, témoigne que c’est à l’époque du Concile Vatican II que le père de Rosny s’est engagé au dialogue avec la culture africaine, une époque où le système colonial est remis en question ainsi qu’une certaine vision de la culture africaine.
Nicolas Ilongue, fils du guérisseur traditionnel Hans Nyollo qui initia Eric de Rosny à la manière dont les Africains guérissent les malades.
Ekwalla Malobe, guérisseur traditionnel, raconte qu’Eric de Rosny a eu des problèmes parce qu’il s’intéressait aux pratiques des sorciers alors qu’il était venu pour évangéliser mais que grâce à lui, la médecine traditionnelle est reconnue aujourd’hui.
Dinh Mandengue, membre de l’assemblée traditionnelle des Sawas, trouve fascinant l’ouverture d’Eric de Rosny qui, de prêtre et intellectuel jésuite, s’est initié aux pratiques des guérisseurs traditionnels.
Dans le centre d’accueil spirituel, Eric de Rosny recevait des personnes plongées dans l’angoisse d’un maléfice, non comme un guérisseur traditionnel mais comme un prêtre. Néanmoins, cela posa problème à certains catholiques. L’ancien archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi, raconte la fidélité d’Eric de Rosny à l’Eglise catholique et à sa congrégation jésuite.
Pour mieux comprendre la globalité de ce monde traditionnel qui est en accord avec ses convictions chrétiennes, Eric de Rosny s’est aussi intéressé aux structures des chefferies, et en particulier à celle du village de Bonendale. Emmanuel Ndoumbe, petit-fils du chef que le père de Rosny a connu, raconte. A la recherche de la connaissance, le père de Rosny a fini par être accepté par ce milieu très restreint et secret. ll est ainsi devenu un fils du village, adopté dans les milieux sawas, au niveau du Ngondo où il est devenu un patriarche. Il a ainsi pu expliquer cette culture dans ses livres et la transmettre alors que les traditions africaines sont essentiellement orales. C’est son héritage aux générations futures.
Frère Albert Vidras, collaborateur d’Eric de Rosny, travaille au classement de ses nombreuses archives photographiques, filmées sans oublier tous ses écrits. Pour lui, son humilité l’a rendue célèbre.

Une production : CFRT/ France Télévisions