De Tours à la Guyane en passant par l’Afrique du Sud, Mgr Emmanuel Lafont a parcouru tous les continents et a pu rencontrer de très nombreux peuples. La Bible chevillée au corps, l’Evangile le meut et la prière le guide. Riche de la Parole de Dieu, il met tout en oeuvre pour la partager à tous.

“L’histoire de ma vocation colle avec l’histoire de mon enfance”, dit-il. A 17 ans, il arrive à Rome pour faire son séminaire à la Grégorienne alors que le Concile Vatican II s’ouvre en 1962 avec une assemblée conciliaire majoritairement constituée d’évêques missionnaires.

Après son service militaire comme marin, il rencontre à Brest en 1968 la J.O.C, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Fort de cette école de vie et de lecture de la Bible, il découvre la réalité ouvrière des années 70 et le début du chômage endémique. Au service de la J.O.C à Tours, il sort de son presbytère pour rencontrer des jeunes travailleurs.

Après 10 ans passés dans le diocèse de Tours, le père Emmanuel Lafont entame en 1982 une période de 13 ans en Afrique du Sud à Soweto où il est envoyé comme prêtre Fidei donum. Il expérimente pour la première fois la mission dans une culture qui n’est pas la sienne. La lutte contre l’apartheid à laquelle il participe au sein d’un organisme solidaire est en phase avec l’annonce de l’Evangile.

En 2004, il découvre la Guyane où il est ordonné par Mgr Méranville et continue son ministère d’évangélisation de peuples de cultures très différentes en partant à leur rencontre. Il reconnaît en chacun un “enfant de Dieu”, un frère déjà habité par le Seigneur, qu’il le sache ou pas. Craignant de faire du prosélytisme, il se rassure en se voyant missionnaire comme Jésus qui est venu en ami, non pour imposer une pensée mais apporter l’espérance. Il témoigne des pratiques animistes des populations sur le fleuve Maroni dont certaines se sont libérées grâce au Christ.

Faire découvrir la Parole de Dieu est pour lui la priorité de son ministère pastoral. Dans ce but, il fait publier une Bible spéciale pour les Guyanais en français très simple pour laquelle il fait une introduction invitant à la lecture priante. L’Eglise est à la fois soumise à la Parole de Dieu mais aussi maîtresse de cette Parole puisqu’elle est chargée de la diffuser. Dans la Parole de Dieu, les 150 Psaumes sont les prières qui expriment tous les sentiments des hommes jusqu’à leur révolte devant l’injustice, le silence de Dieu … Ainsi, par la prière des Psaumes, on peut exprimer à Dieu tout ce qui nous fait souffrir, ainsi s’en délester et se laisser façonner par Dieu. Pour faire lire la Bible, Mgr Emmanuel Lafont a développé un plan de lecture avec un livre à lire chaque année qu’il accompagne de clés de lecture dans la revue diocésaine. Il précise que la Parole de Dieu doit être lu plusieurs fois pour toucher le coeur et laisser place à la prière.

En accompagnant des peuples dans leurs désirs de libération, Mgr Emmanuel Lafont a senti à quel point l’Evangile était original et nécessaire pour ne pas se tromper de combat et ne pas s’enliser dans des objectifs trop courts par rapport à la dignité humaine. Mais à cause de cela, il s’est souvent trouvé très seul, comme le Christ a du l’être.

Les trois choses importantes pour son ministère : ne pas être détaché de la vie et des sentiments des pauvres, regarder le monde par en-bas (une grande leçon de l’Evangile) ; toujours dire ce qu’il a vu et entendu aux personnes en responsabilité ; faire que toute l’Eglise soit sensible aux cris des pauvres, à leur détresse et à leurs désirs.

La prière pour le chrétien, temps de présence à Dieu, dialogue d’amitié avec Lui, est nécessaire pour que tout ce qu’on vit prenne sa source dans celui qui est la source de notre être. Elle est pour lui source de paix, de joie et sérénité dans les défis quotidiens. Il remarque sans juger qu’en Europe, dans le monde occidental, la prière ne représente rien.

La diversité culturelle, sociale et ethnique de la Guyane représente un défi pour l’Eglise qui doit accueillir l’étranger dans sa langue, y compris dans les célébrations liturgiques. L’universalité de l’Eglise permet de refléter les multiples facettes du Christ : chaque culture possède des talents particuliers qui la rendent sensible à certains aspects de son message. Par conséquent, nous avons besoin de toutes les cultures pour cerner le véritable visage du Christ. Aucune Eglise n’est si riche qu ’ elle n’ait rien à recevoir, aucune Eglise  n’est si pauvre qu’elle n’ait rien à donner : dans cette « coopération missionnaire », l’Eglise vit la catholicité définie par le Concile Vatican II comme le signe de la communion avec Dieu et de l’unité du genre humain dans sa diversité.

Une production : CFRT/ KTO/ Zoulou Cie