Depuis une quinzaine d’années, les Églises catholique et protestante du Maroc sont confrontées à l’arrivée de nombreux chrétiens étrangers, la plupart originaires d’Afrique subsaharienne. Il s’agit majoritairement d’étudiants ou de travailleurs migrants. Conséquence : des églises et des temples ouvrent à nouveau leurs portes, restées fermées depuis la fin de la période coloniale. Avec comme corollaire, la nécessité d’accompagner ce mouvement par la formation de nouveaux cadres d’Églises : agents pastoraux catholiques et pasteurs stagiaires notamment.

Pour satisfaire ce besoin, le Diocèse de Rabat et L’Église Évangélique au Maroc (EEAM), qui regroupe les différents courants protestants, ont décidé d’apporter une réponse commune avec la création en 2012 de l’Institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa à Rabat.

Al Mowafaqa, « la concorde » en arabe, dispense un enseignement supérieur de 1er cycle, commun aux catholiques et protestants, en lien avec des universités françaises. Pour la plupart subsahariens, les étudiants peuvent ainsi préparer la Licence de la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg ou le Diplôme universitaire de théologie de l’Institut Catholique de Paris. Ce cursus comporte aussi des cours liés au contexte particulier de l’institut : arabe classique, exégèse du Coran, histoire des relations islamo-chrétiennes. Parallèlement à leurs études, les étudiants assurent un accompagnement des communautés locales, catholique ou protestante.

En accueillant en terre d’islam, sur ces mêmes bancs, lors de mêmes cours, des étudiants catholiques et protestants, Al Mowafaqa apparaît comme une institution unique. Si l’on ajoute à cette singularité la situation exceptionnelle du Maroc qui, au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, est confronté à des problématiques traversant notre monde contemporain, on peut considérer Al Mowafaqa comme un poste avancé, un laboratoire de l’œcuménisme.