Extrait du film Crash de Didier Cros – CFRT/ Zadig productions 2014 

Le Mondial de l’Auto 2018 ouvre ses portes jusqu’au 14 octobre. A cette occasion, nous ne résistons pas à vous faire découvrir un film étonnement révélateur de nos relations à la voiture, relations elles-mêmes révélatrices de nos comportements dans l’espace citoyen.

La voiture est devenue indispensable à beaucoup. Utilitaire, elle représente pourtant bien plus qu’un simple moyen de déplacement. Objet de désir et de plaisir, elle devient une seconde maison pour certains, une façon d’exprimer son indépendance voire sa virilité pour d’autres. Bref, la voiture révèle qui nous sommes quand nous la conduisons.

Le film de Didier Cros Crash

Lorsque les Français jouent avec le code de la route et perdent leurs points de permis de conduire jusqu’à des seuils critiques, ils se résignent à rejoindre un «stage de sensibilisation» pour les récupérer. Deux jours durant, les conducteurs en mal de points vont être mis face à leurs responsabilités par deux formateurs (un moniteur auto-école et une psychologue) à l’aide d’exercices théoriques et pratiques, d’analyses scientifiques, et de démonstrations implacables sur les dangers d’une conduite hors la loi. Lors de ces stages, c’est toute la France au volant qui se retrouve autour d’une table dans un espace ressemblant à une salle de classe.

Nouveau lieu de mixité sociale depuis la fin du service militaire, la France des points perdus se retrouve soudainement unie dans un même objectif. Ici, le cadre côtoie l’ouvrier, le chauffeur livreur devient complice avec le motard, le chômeur se retrouve à égalité avec le salarié, les frontières sont abolies pour un temps car tous sont des conducteurs “précaires” en mal de points, le plus souvent révoltés contre un système considéré comme abusif.

En portant un regard sur nos semblables dans l’exercice tragi-comique de récupération de points, ce film offre l’opportunité d’en poser un plus vaste sur l’irresponsabilité de certains de nos comportements, et au-delà, sur l’individualisme forcené de l’époque. Ces stages sont aussi les révélateurs du caractère symbolique de la voiture et de la conduite chez tout un chacun. Pour l’homme aux prises avec le monde contemporain, la voiture est à la fois une aliénation – le support de la course à la performance, l’outil de la compétition – et une échappatoire. Une bulle faussement protectrice qui isole du reste du monde. Car au volant plus que partout ailleurs, l’enfer, c’est toujours les autres.

Ce documentaire s’attache ainsi à évoquer certains démons de notre temps par un biais insoupçonné et commun à tous : la conduite, la relation intime à la voiture. Les prises de parole des participants autorisent une évocation en creux de grands thèmes sociétaux. A travers la description de quotidiens au volant se profile : la crainte du spectre du chômage, le stress exponentiel, la place occupée dans l’échiquier social, les douleurs personnelles … A la croisée de toutes ces existences qui se révèlent le temps de récupérer quelques points sur le droit de circuler, ce documentaire est une occasion de parler de façon indirecte et inattendue des frustrations et des manquements de la société contemporaine.

Le site dédié pour tout savoir du film, animer la prévention routière …